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Les scenarios de la paternite dans l'opera La Juive
 
mis en scene par Arnaud Bernard, Theatre Mikhailovski

 
  
 

Un demi-siecle d'oblie de La Juive de Jacques-Fromental Halevy s'explique par des raisons historiques, mais aussi par l'intolerence religieuse et sociale presente dans le sujet de l'opera qui revele les faiblesses du christianisme et la cruaute du judaisme: Eleazar laisse sa propre fille perir dans le feu craignant qu'elle ne se convertisse pas au christianisme. Il atteind que la loi qui est la meme pour tous s'accomplisse, comme si c'etais plus important pour lui que la vie de sa fille. L'opera reprend la problematique des proclamations de l'apotre Paul qu'affirment qu'il n'y a ' ni Juif ni Grec ' devant la face du Dieu. Cependant elle montre que les standarts doubles et transgression des lois selon les circonstances etaient toujours toleres dans le monde chretien tandis que les juives errants ne veulent que voir triompher la loi, meme si c'est un triomphe posthume. Observer la loi jusqu"а sacrifier sa vie au nom de la loi est la juissance superieure d'un vrai juif.

Le transfert de l'action dans le XXe siecle evoquant le conflict imaginaire entre les juives et le faschisme ne change pas les caracteres originals: le Cardinal de Brogni reste un pere faible et hesitant qui n'a pas de la force d'obtenir la verite possede par Eleazar; celui-lа est inexorable, il ne revele pas les origines de Rachel et comme le gardien du secret il constitut l'objet d'attraction et repulsion pour le Cardinal. Les juives ont etais toujour percus par les chretiens comme des 'scribes et pharisiens' qui possedent un savoir plus profond et plus ancien de Dieu et sont les plus proches de la revelation du mystere de la paternite. C'est pourquoi ils n'ont jamais etais des figures neutres dans les villes de l'Europe (comme les musulmans, par exemple) en causant de l'envie, de la haine et de la jalousi - tout le spectre des sentiments typiques pour des freres. Les juives savent du pere quelquechose que les autres ne savent pas - et c'est dans ce plan du savoir, du desir et de la jouissance que se deroule la collision principal de La Juive.

Les deux scenarios de la paternite presents dans l'opera sont etroitement lies aux concepts religieux du pere dans le judaisme et dans le christianisme: si pour le juif la paternite est transmise par une obeissance stricte а la loi, les chretiens peuvent toujours passer un accord avec le Dieu, l'adoucir ou se confier а sa volonte tout-pardonnante: le Cardinal pardonne Leopold aisement et offre de sauver Eleazar et Rachel au condition qu'ils recoivent le bapteme tandis que Eleazar insiste sur l'execution de la loi en refusant d'entrer en relations d'echange avec (la verite - la vie - la verite) le Dieu. La paternite chretienne s'exerce par la transgression de la loi: le pere est autant plein de la grace qu'il n'y a tel peche qu'il ne puisse pardonner et les voies du seigneur sont si impenetrables qu'il ne juge pas les gens selon leurs merits et peut accepter au son royaume des grands pecheurs en refusant l'acces aux hommes de loi, aux scribes et bigots - sur ce question-lа l"Eglise catholique et l"Eglise orthodoxe manifestent un accord rare: Saint Augustain avec sa theorie de predestination des saints et Hilarion de Kiev dans La Sermon sur la loi et la grace disent la meme chose.

Pour les chretiens la force du pere est manifestee par sa grace (l'ame russe est allee plus loin en assurant que le peche est fort necessaire pour qu'on puisse jouir du desespoir penitentielle et de toutes les bontes du pardon de Dieu). C'est pourquoi ils se mefient de la lettre de la loi en s'appuyant sur son esprit et jugent plutot selon leur conscience que selon la loi - c'est precisemment le cas de Leopold. Par contre, la force du pere juif est dans l'observation des commandements par des fideles. Les commandements ne sont pas sujets а l'intrepretation ou correction, ils sont а obeir entierement sans hesitations et sans egard pour circonstances - c'est uniquement dans ce cas-lа que le Dieu va vous accepter.Ce qu'est la faiblesse selon le juif est la grace et gloire du pere selon le chretien.

Eleazar a adopte Rachel, c'est pourquoi il la traite en juive: l'identite symbolique est plus pertinente pour lui que l'identite de sang. Quand il l'envoi au bucher il sacrifie sa propre fille (pour pouvoir faire une chose pareille il faut etre un vrai pere). Cette action ne s'insrit pas dans le scenario du vengeance sur le Cardinal ou dans la logique du 'qu'elle n'appartienne а personne'. Plutot on peut le comparer а Abraham qui offre son propre fis en holocauste pour prouver sa foi et son devouement а la lettre de la loi. Ainsi que le patriarche, Eleazar garde le silence sur le sacrement, comme s'il partage avec Dieu la meme jouissance. C'est seulement apres avoir fait le sacrifice qu'il peut s'affermir dans sa paternite, car le savoir qu'il a n'est pas justement celui de ce qui est le pere de Rachel - c'est un savoir d'entierement autre nature: il sait qu'est-ce que c'est etre pere.

C'est ce savoir-lа que de lui demande le Cardinal de Brogni qui n'a aucune idee de la fonction du pere: il ne sait pas ce qu'il doit faire - chatier ou gracier. En cherchant cette fonction enigmatique il poursuit la route dont le point de depart est le pere de la famille et dont la but est un pere saint. Ses masques de la paternite son jamais convaincants meme pour lui-meme, son desir est aliene а l'autre, de qui il demande de lui reveler le mystere de sa propre paternite - tous cela fait de lui un sujet nevrose - une fugure classique dans la culture europeenne. De Brogni est le pere de sang de Rachel - un fait, sans doute, de plus importance pour un chretien et ce n'est pas par hazard qu'il est habille comme Eleazar en tunique noire. Cependant il s'avere totalement impussant dans le champ symbolique: autant qu'il est un sujet divise il est force d'aller contre lui-meme en toujours decouvrant un gouffre qu'il y a entre le desir et la necessite; entre l'envie de faire grace aux juives, de savoir le destin de sa fille et son devoir par rapport au tribunal; entre la culpabilite devant Eleazar et l'esprit de la loi qui de toute facon doit s'accomplir. La vue courte du Cardinal est congruante avec son charactere: il ne voit pas des choses les plus evidentes, il ne sait pas ce qu"il fait. Il a toujours besoin d'autre qui lui fasse connaitre son propre histoire. Le cardinal est le seul personnage qui pose des question а tout le monde, qui justifie et qui se justifie, qui gracie, qui cherche des lacunes dans la legislation, comme si le pere celeste etait trop faible et sa loi n'etait qu'une formalite: 'recois le bapteme, - dit-il а Eleazar, - et sois gracie'. Dans ce sens-lа de Brogni partage une idee chretienne bien connue et repetee а maintes reprises par des hommes distingues de Luther a Dostoievski selon laquelle homme est trop faible pour observer les commandements et c'est pourquoi le pche reste notre vallee de larmes pendant que le gouffre entre le desir et la loi reste notre tragedie.

Pour les juifs la question ne se pose ainsi: ce qu'est tragedie pour un chretien, pour un juif est le devoir du fidele. Ayant evite la vaccination grec avec sa dichotomie tragique du hazard et du destin et sa dysharmonie d'existence humaine, la culture juive se trouve dans un completement autre systeme de coordonnees а savoir dans la dialectique de foi-fidelite et trahison. C'est pourquoi Rachel reste fidele а son devoir et а toutes ses obligations vis-a-vis son pere, sa foi, son homme et meme sa rivale. Mais en meme temps elle n'appartient vraiement а eux: elle n'est pas la fille de son pere, elle n'est pas l'amante de son homme, elle n'est pas coupable quoiqu'elle soit condamnee, elle n'a pas en elle du sang juif, quoiqu'elle soit juive par sa foi; donc elle est une femme-change, une femme-masque. C'est tres coherent avec l'histoire biblique de Rachel qui fut substitue par sa soeur ainee Lia sur son lit nuptial et puis, quand elle s' avera sterile, fit epouser sa servante Bilha а Jacob pour 'qu"elle enfante sur mes genoux, et par elle j"aurai, moi aussi, une famille' [Genese 30 :3]. Rachel est toujours substituee а quelqu"un - une soeur ou une servante - elle est mineure par rapport а elles, insuffisante en comparaison avec elles (effectivement c'est cette qualite qui evoque pour elle un desir sexuelle singulier chez Jacob); enfin, elle vole les idols de son pere Laban et est condamnee а la mort, mais manque le chatiment par une ruse, encore une fois evitant son sort, comme pendant la nuit nuptial.

Rachel de l'opera La Juive est aussi une porteuse de cette substitution, un incorparation d'un manque double: hors d'etre une femme elle est une juive - un sujet d'insuffisance et d'inferiorite par excellence dans l'Europe des annees 1930. Jadis la fameuse opera d'Halevy fut presente en Russie sous le nom de Jidovka (Juive), ce mot pejoratif soulignant l'inferiorite et marginalite dont l'heroine, excluse de l'ordre familial, sexuel, politique et symbolique, est une parfaite representation. Le nom contemporain - La Juive - donne dans le cadre des jeux en tolerence affaiblit la conception du metteur en scene, la rend moins transparante. Il ne sagit pas d'identite de l'heroIne - dans ce cas-lа d'identite religieuse - c'est, par contre, l'absense de toute definition, l'exception de tous le systemes qui est important: elle n'appartient ni au amant, ni au pere suppose, ni au pere symbolique, ni а la nation, ni а la parentele, ni а la foi - elle est precisement 'la juive errante', expulsee de la discours (n'oblions pas que la Rachel biblique decede sur le chemin vers Ephrata et est ainsi la seule femme d'un patriarche qui n'est pas enterree dans Makhpela, leur sepulcre clanique). Jetee а l'accotement, suspendue entre les deux peres, en demi-chemin de pere a l'amant, toujours prete а fuir, une femme sans place, sans identite et sans histoire - telle est l'heroine de l'opera.

Rachel n'est pas sujet d'aucune loi ecrite, elle est hors toute parente, hors relations sexuelles. Cette exclusion, ou expulsion, lui permet d'etre fidele au seul maitre - celui de la mort, qui est le troisieme pere, le pere reel de la heroine. C'est Rachel qui est la cause de toutes les morts: du supplice d'Eleazar qui a eu lieu et du supplice de Leopold qui ne l'a eu pas; la mort se transmet pas une femme. Comme Antigone, Rachel reste fidele а la loi eternelle, meme si celle-lа contradise la loi politique et religieuse. Elle n'appartient а personne sauf la mort - telle est le seul sort d'une jidovka selon l'opera de Levy Halevy La Juive.

Traduction par Eugenia Zvonareva

Dmitri Olchanski
psychanalyst
http://olshansky.sitecity.ru
 
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